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Le fax est-il toujours le moyen le plus sécuritaire d’envoyer des documents?

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Dans les couloirs des hôpitaux et des cabinets d’avocats, un bruit de tonalité rétro persiste. Si certains, comme une infirmière cumulant 30 ans d’expérience, déplorent que le réseau de la santé s’accroche désespérément à cet outil, le fax conserve une réputation de sécurité qui semble inébranlable. Mais lorsqu’on interroge les experts, on découvre une réalité bien différente : le « champion » de la confidentialité est aujourd’hui dépassé.

Une technologie d’un autre temps

Le premier télécopieur a vu le jour en 1942, avant de connaître son apogée commerciale dans les années 80. Son fonctionnement repose sur un principe simple : il scanne un document ligne par ligne et transforme les informations en signaux électriques. Ces signaux sont convertis en sons — une mélodie de sons aigus et graves — où chaque tonalité correspond à un bit d’information (0 ou 1), permettant de reproduire une copie conforme chez le récepteur.

Historiquement, cette méthode était réellement sécuritaire car elle reposait sur une transmission directe entre deux lignes téléphoniques analogiques. Sans internet, sans serveur tiers et sans adresse IP, il fallait physiquement accéder au câble pour intercepter les données.

Le fax à l’ère du piratage : le « Faxploit »

La donne a changé avec la numérisation des réseaux. Aujourd’hui, la plupart des fax transitent par Internet, devenant ainsi des « courriels déguisés ». Contrairement à des plateformes modernes comme WhatsApp, le fax pur ne possède pas de chiffrement de bout en bout. Sans cette « clé » unique de chaque côté de la communication, les données circulent sans protection efficace contre les interceptions modernes.

Plus inquiétant encore, des chercheurs ont découvert une faille baptisée « Faxploit ». En envoyant un code malveillant via une simple tonalité de fax, un pirate peut piéger l’appareil récepteur et s’en servir comme d’un « fax zombie » pour infiltrer tout le réseau interne d’une entreprise.

L’avenir : la communication quantique au Québec

Alors que le chiffrement traditionnel est menacé par l’arrivée imminente des ordinateurs quantiques et leur puissance de calcul phénoménale, le Québec se positionne comme un chef de file de la sécurité future.

Grâce à l’organisme Numana, un banc d’essai de communication quantique nommé Kirq, en référence à Star Trek mais avec un clin d’œil à la science et au Québec (Q) relie désormais des pôles comme Montréal, Québec et Sherbrooke. Contrairement au fax, cette technologie repose sur la distribution de clés quantiques (QKD) par photons uniques. Selon les lois de la physique, le simple fait d’observer ou de tenter d’intercepter ces photons altère la clé, garantissant une sécurité inviolable par nature.

Le facteur humain : l’éternelle faille

Malgré ces avancées technologiques, un enjeu demeure inchangé depuis l’époque du fax : le facteur humain. Qu’il s’agisse d’un document confidentiel oublié sur le plateau de sortie d’un télécopieur ou d’une erreur de manipulation dans un système complexe, la technologie ne peut totalement pallier la négligence. Pensons aux documents faxés et confidentiels, qu’on laisse traîner au bureau avant de les récupérer.

Analogie pour comprendre le passage au quantique : Si le chiffrement traditionnel ressemble à un jeu de Mastermind complexe où un ordinateur puissant finit toujours par deviner le code par déduction, la communication quantique, elle, change les règles du jeu : c’est comme si les pions changeaient de couleur dès qu’un tricheur tentait de regarder par-dessus votre épaule, rendant le décodage instantanément impossible!

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